Biographie/Contact

Audrey s’amuse à tout mettre en suspens en de multiples variations là où les éléments surnagent pour que naissent des possibles. La photographie devient un processus poétique, humain, drôle et subtilement critique. Même si les sujets proposés ne parlent pas directement de l’actualité, le rapprochement est inévitable.
Chaque vision devient déstabilisante et l’univers tel qu’il nous est donné à voir se met à « inconsister » tout en étant plus physique. Le travail reste de l’ordre d’un maniement calculé. La « sublimation » travaille à partir de la perte non sans une certaine jouissance.
Contre tous les photographes qui se gargarisent d’images sans avoir réussi à éclaircir quoi que ce soit, Audrey Tabary montre que l’âme est déshabillée sans rien en dire. Pour autant les photographies ne se veulent pas des anges. Ceux-ci ne pourraient qu’être trahis par le métier de vivre. Demeure une nécessaire pudeur. L’humour en est le voile.
Jean-Paul Gavard-Perret
Pierre-Axel Léotard pour Corridor ÉlÉphant
Si les magiciens existe, Audrey Tabary en est une. Ici, aucune place à la grisaille, la part belle est faite à la joie de vivre et à la couleur.
Audrey Tabary travaille en argentique, et si ses premières séries sont en N&B, elle s’est très rapidement tournée (définitivement, dit-elle) vers la couleur. La photographe « croque » son alter ego dans son quotidien, comme elle croque la vie nous offrant un bouquet de bonne humeur.
61 photographies nous rappellent que le meilleur reste toujours à venir.
Comme un arapède à son rocher : entretien avec Audrey Tabary, le 4 octobre 2016.

Audrey aime s’amuser. Mais sérieu­se­ment. Celle qui a com­mencé très jeune en tra­vaillant chez une por­trai­tiste de Mar­seille, plus tard et dans la même ville,  s’est mise à pho­to­gra­phier des incon­nus, ren­con­trés dans la rue. Elle les per­suade de poser en se prê­tant à un jeu théâ­tral ou des situa­tions para­doxales et par­fois selon ce que la morale réprouve. Néan­moins, son «érotisme » n’a pas pour but d’exhibe le corps nu. Il joue de l’aporie, fait appel à l’humour et l’intelligence. Le pré­da­teur est tourné en ridi­cule et la drô­le­rie se rit d’un cer­tain « bon goût ». La pru­de­rie est prise à revers et per­met au regard de s’encanailler « à l’œil ».

 Entretien : Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
En ville, la lumière et le bruit des autres, la vie qui com­mence. A la cam­pagne, c’est le coq et les oiseaux, voir la pluie.

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
Ça continue….

A quoi avez-vous renoncé ?
A rien, je suis tou­jours accro­chée comme un ara­pède à son rocher.

D’où venez-vous ?
De Ger­de­rest, un petit vil­lage du Sud Ouest de la France (proche du Gers). Entouré de cultures céréa­lières, de vaches et de Bois. 126 habitants.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Com­mu­ni­quer avec les autres.

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
Tous les jours, ça fait par­tie de mon bon­heur de vivre, il est très simple et varié. Il peut être de ren­con­trer quelqu’un, faire une bonne photo, où encore aller me bai­gner, mar­cher dans la mon­tagne, faire un bon musée, un bon repas. Je m’efforce chaque jour pour avoir une bonne idée à ce sujet. C’est mon art de vivre.

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres artistes ?
C’est que je ne suis pas une artiste, mais une photographe.

Com­ment définiriez-vous votre approche du por­trait ?
Un por­trait est une ren­contre si la ren­contre est bonne, la photo est bonne, je com­mu­nique, et je cherche à faire oublier l’appareil pour en sai­sir le meilleur. Faire un por­trait c’est un jeu. Je m’amuse beau­coup je cherche le bon esprit et je met mon sujet en confiance.

Quelle est la pre­mière image qui vous inter­pella ?
Diane Arbus « Iden­ti­cal twins, Roselle, NJ 1967 où August San­der «Wido­wer » 1914. Je suis déso­lée il y en a 2.

Et votre pre­mière lec­ture ?
« Oui-Oui ».

Quelles musiques écoutez-vous ?
En ce moment, j’écoute beau­coup de musiques afri­caines, par exemple Solo­mon Ilori High life Nigé­riennes. Gabo Brown & Orchestre Poly-Rythmo (funk des années 70– Bénin) où encore Super Mama Djombo (Guinée-Bissau). De la musique bré­si­lienne, j’adore Mar­cos valle, jorge Ben. De la saoul, je suis fan de Mar­vin Gaye, Billy Paul, Al Green, Dony Hata­way, Cur­tis May­field. J’adore Gill Scott Heron. Dans le jazz j’aime Miles Davis, Anthony Brax­ton, Dinah Washing­ton dans l’électro Plas­tik­man, plus indus­triel, Scorn, Alec Empire. Les listes sont longues car je ne peux pas vivre sans musique.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
« La Chambre Claire » de Roland Barthes

Quel film vous fait pleu­rer ?
« Manon Des Sources » de Claude Berri. (Ça fait long­temps que je ne pleure plus devant les films).

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?
Je vois Audrey et je ne sais pas quoi faire

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A per­sonne, Je me lance tou­jours. J’ai peur, mais je me dis tou­jours que ça vaut le coup.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Jéru­sa­lem. Une ville de pierres, des pèle­rins en tout genre. Toutes les reli­gions réunies sur un seul lieu. C’est unique.

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proche ?
Le bai­ser de Judas de Joan Font­cu­berta, sa série de photo d’animaux(la faune secrète), la série por­no­gra­phie d’Édouard Levé. Les por­trait d’August San­ders, William Eggles­ton, Pierre Mou­li­nier, Charles Pen­ne­quin, Save­rio Luca­riello, Brice Mat­thieussent et son roman « Good Vibra­tion ». Cindy Sher­man, Joël Hubaut.

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Un texto et la paix

Que défendez-vous ?
La terre, la liberté de cha­cun et la pro­li­fé­ra­tion des semences.

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?
Je la trouve tout à fait vraie et c’est ça qui fait l’amour.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ?
C’est tout à fait moi.

Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ?
Je vois pas mais si d’autres vous viennent  j’y répondrai.
Jean-Paul Gavard-Perret