CAMPEURS ET CAMPEUSES

CAMPEUSES ET CAMPEURS

Elle est seule, il est seul, ils vivent en couple. Dans une caravane, un mobile home, un cabanon, un bungalow, une tente. Ce sont pour la plupart des retraitĂ©s. Nous sommes en Gironde au tout dĂ©but du troisième millĂ©naire. Ils ont la tĂ©lĂ©, les chaises en plastique, les parasols, les tables basses, des bassines, des balais, des glaciaires, des plantes en pot, des courtepointes : c’est le paradis de l’accessoire indispensable, du petit rien qui va vous faciliter la vie et, peut-ĂŞtre vous la changer.Ces personnes en gĂ©nĂ©ral âgĂ©es tĂ©moignent ici de leur « Invention du quotidien », pour reprendretourre le titre de l’essai magistral de Michel de Certeau sur la production active des consommateurs soi-disant passifs. Ce sont des marginaux intĂ©grĂ©s, des rebelles instituĂ©s, des pirates rĂ©pertoriĂ©s, des corsaires fonctionnarisĂ©s, des insurgĂ©s pĂ©pères, des contestataires rĂ©cupĂ©rĂ©s, des traĂ®tres normalisĂ©s, des rĂ©volutionnaires de proximitĂ©, des contras tout contre, des dissidents sans incident ni incidence notable sur le fameux « cours des choses ».
Ils se montrent ou se laissent surprendre parmi leur bric Ă  brac, leurs objets plus ou moins customisĂ©s et je repense Ă  la belle phrase de Michel de Certeau : « Les produits des consommateurs sont les fantĂ´mes de la sociĂ©tĂ© qui porte leur nom. » Car nous sommes au paradis des objets, de la dĂ©brouillardise, de l’approximation astucieuse, du farniente populaire. C’est la vie de château des smicards, le nid d’amour des spectateurs des « Feux de l’amour », la culture des loisirs Ă  l’ère de l’Ă©ternelle jeunesse du troisième âge.
Aux antipodes de Martin Parr, dont on imagine aisĂ©ment le mĂ©chant parti qu’il aurait tirĂ© des mĂŞmes rencontres, je pense plutĂ´t Ă  l’affection dont tĂ©moignent les photographies de Henri Cartier-Bresson pour les premiers bĂ©nĂ©ficiaires des congĂ©s payĂ©s en 1936.

Brice Matthieussent