INTÉRIEURS VÉNÉZUÉLIENS

Pour Audrey Tabary, aller à Mérida, au Vénézuéla, c’est bien sûr rencontrer des gens. Sur le terrain. Sur leur terrain. Qui devient le sien propre sans que jamais on ne puisse parler d’intrusion.
A l’instant crucial du cérémonial photographique, la plupart des sujets regardent l’objectif avec un sérieux et une attention qui nous renvoient à cette époque lointaine et révolue où l’acte de la prise de vue était, pour le sujet photographié, emprunt de gravité, voire de solennité, et non le prétexte à la représentation, à la manipulation, à une théâtralisation de soi à des fins médiatico-publicitaires, comiques (les photos dites « entre amis ») ou pseudo-dramatiques (les portraits d’écrivains, stylo en main, quelques mètres de volumes de la Pléiade en guise de décor).
Regardez ces gens : ils offrent à l’objectif d’Audrey Tabary ce qu’ils croient être leur vérité dans le lieu de leur intimité.
Pour l’auteur de ces images, construire une photo et construire une « relation » c’est sans doute une seule et même chose : voilà pourquoi ces images nous touchent et exigent de nous, si nous ne sommes pas aveugles, la même vérité de regard.
Brice Matthieussent