LES MARSEILLAIS À LA PLAGE

Audrey Tabary Ă  la plage

Lorsqu’Audrey va Ă  la plage, elle ne pĂ©nètre pas dans la mer, elle glisse entre deux eaux. Entre deux mères, entre deux pères. Pour des prises et une vision pas forcĂ©ment romanesque. Les ĂŞtres souvent sont plus droits debout (sans leurs bottes) que renversĂ©s, renversants. Mai drĂ´les.
La plage donc. Mais sans s’y faire bronzer. Une artiste n’a pas le temps. Les vacanciers oui. Le soleil non. Les amants non plus (mais lĂ  n’est pas le problème).
Dans ses photographies pas de grognon, de disputes. La lumière. La vie matérielle. La vie qui se dessine en portraits.
La photographe doit tout savoir et tout ignorer. Rien ignorer et tout savoir. Pas d’artifice. La curiositĂ©. Les corps mĂŞme avancĂ©s en âge – finalement assez beaux dans une certaine lumière.
Le charme avec le trivial. Des histoires d’amour en filigrane. On la cherche Lumière un peu floue. Blanc et noir. Pianissimo.
« Regardez-moi » dit la photographe à ses modèles. Ce que l’érotisme n’est pas vraiment, la photographie le suggère. Les modèles le savent ou plutôt le sentent. Instinctivement.

Le corps n’est plus flocon d’absence. Ça a un nom. C’est l’existence. Qui se dĂ©pouille de la socialisation des vĂŞtements.

Sous les maillots de Nylon, petites verges des pères. Dessus : leurs petits bedons. Cliquetis des boules. Tintouins des couilles. (Au dos des cabines, urines clandestines).

Beurre sur les seins torpeurs ou torpilleurs et avis aux mateurs. Thalassa, viandes belles s’Ă©talent. Amer des chairs et le goĂ»t des mères cabrĂ©es dans leur gaine. Ça fait des oh, des ah.

Nuque vissĂ©e et dĂ©vissĂ©e par le dĂ©clic. Fille courbĂ©e, seins qu’on devine. Serviettes en loques Ă  la Pollock. Maquereaux Ă  groseilles et moustache. Poils au torse et visière. Caler ses fesses, rentrer le ventre. La photo puis la trempette. Reins ruissellent. Seins sortis devant les mĂ©duses mĂ©dusĂ©es. Odeur de bouillon d’algues. Encornets fourrĂ©s. Bleu Giotto en noir et blanc sur les jambons mal cuits. Sable aux nĹ“uds. Au bout c’est arrondi. C’est en nylon. C’est oui ?

Tout ça se m’L et manque jamais d’R. Ni de corps. Dessous il y a la bĂŞte. Seins dessus. Mais pas de sexe qui saccade sinon par le fantasme. Lui seul nique la carne. Audrey Tabary sait qu’un photographe qui veut montrer un sexe ne raidit rien qui vaille et n’entoure en jambages que bandes de vieille peau.

Les portraits photographiques d’Audrey Tabary renversent le réel tout en feignant de le respecter. Le sérieux devient ludique. Audrey s’amuse à tout mettre en suspens en de multiples variations là où les éléments surnagent pour que naissent des possibles.

La photographie devient un processus poétique, humain, drôle et subtilement critique. Les photographies ne se veulent pas des anges. Ceux-ci ne pourraient qu’être trahis par le métier de vivre. Demeure une nécessaire pudeur. L’humour en est le voile.

Dans les photos, gras du bide et sourire.

Une fois la photographie prise les modèles iront se baigner en ignorant un grossier ourlet de fucus vĂ©siculeux et de chlorophycĂ©es prolifĂ©rantes ou rejoindront les dunes aux Ă©tendues d’herbes folles grises et bleues.

Hors champs les seaux, les pelles et les râteaux des enfants. Ils construisent des châteaux d’Espagne. Loin des pères aux taciturnes burnes, des mères en parĂ©o. Peu importe les avis de tempĂŞte, les Dogger, Fisher, German, Viking, German, les anticyclones de 1046 hectopascals au Nord de l’Ecosse qui se dĂ©calent lentement vers Sud, Sud-Ouest, s’affaiblissant force 3 Ă  4 fraĂ®chissant cette nuit 4 Ă  6 parfois 7 au Cap Finistère. Plus question de tout ça. Et la vie suit son cours.

L’un dit : « Au revoir. A demain sur la plage ».
Un autre répond : «  Au revoir, à demain ».
Jean-Paul Gavard Perret